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La recette

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Placer sa ville sur la carte

On a trop vite fait de résumer le rap américain aux USA en oubliant le Canada ou l’Amérique du Sud. Pareil pour le rap français en l’excluant du rap d’outre-mer,  suisse et belge. Il y a toujours eu une centralisation du rap américain dans certaines villes : New York, Chicago, Los Angeles, Atlanta avec un style bien marqué entre la côte est et ouest. En France aussi, Marseille et Paris concentraient la majorité des rappeurs.

Un nouveau souffle est arrivé aux Etats Unis en 2010 venant du Canada avec Drake, Tory Lanez ou The Weeknd, ils proposent une musique qui n’a rien à voir avec ce qui se fait au US. Cela peut sembler étrange car Toronto est très proche de la frontière des États-Unis. La force des rappeurs torontois est qu’ils ne voient pas les rappeurs US comme des rivaux, ou des modèles à suivre. Ils ne font pas de copier-coller mais imposent un nouveau style en créant leur code et leur identité. Drake avec son label OVO Sound a réussi à mettre Toronto sur la carte du rap, et à prouver que la scène canadienne n’est pas à négliger. Il a pris d’autres artistes torontois sous son aile comme PARTYNEXTDOOR qui est propulsé sur la scène internationale. Le rôle de The Weeknd est indéniable, il dépasse les 100 millions d’écoutes par mois sur Spotify, une première dans l’histoire faisant de lui l’artiste le plus populaire au monde. 

On peut observer le même schéma en Belgique, notre The Weeknd serait Stromae qui a totalement explosé les barrières francophones en propulsant sa musique sur la scène mondiale. Il a permis d’arrêter de faire cet amalgame entre musique française et francophone. Bruxelles joue un rôle majeur en imposant ses propres codes et cultures avec ses têtes d'affiche comme Damso, Green Montana, Hamza, Lus and The Yakuza. Il est désormais possible de percer sans venir de France et en le revendiquant fièrement. 

 

Revenons sur les traces du rap Belge, comment nos voisins ont réussi à créer leur propre voie et devenir un pilier du rap francophone ?

Les premiers tremblements du plat pays, 1990-2000 les années de galères.

Les Belges comme les Français ont toujours été inspirés de ce qui se fait du côté US, la naissance du rap belges se fait au même moment que celle du rap français. Le premier vrai projet rap belge est une compilation, Brussels Rap Convention (BRC) sorti en 1990 qui est l’équivalent de Rapattitude, une compilation de rap français sorti la même année où on retrouve Assassin, NTM, Tonton David, Saï Saï. Sur BRC on retrouvait les pionniers de la scène rap belge comme Band’N Ko, Defi-J, H.B.B., Rayer, Rumky, ou encore Shark. Une seconde vague d’artistes s'ensuit fin des années 90 avec De Puta Madre, Pee Gonzalez, les artistes de 9mm Recordz et Starflam qui est considéré comme le plus populaire de la scène belge à l’époque. Si ces noms ne vous disent rien c’est car la scène belge n’atteint pas encore son succès par manque de communication médiatique et de structure, elle peine à dépasser les frontières et est presque inconnue des Français.

Entre 2000 et 2010 il y a un ventre mou pour la scène belge, des artistes comme Isha ou Stromae débutent à ce moment-là sous le pseudo de Psmaker et d’Opsmaestro, ils ne connaîtront leur succès actuel que plus tard. 

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Les années 2010, faille sismique

Les années 2010 sont clairement le tournant pour le rap Belges, grâce au développement des réseaux sociaux et l’arrivée du streaming, il devient plus facile pour les artistes de se faire connaître. L’ovni à ce moment est Hamza qui arrive à passer la frontière avec son premier album H24 sorti en 2015 où des titres deviendront classiques comme La Sauce, Mi Amor et Minimum. 6 mois plus tard sort l’album Nero némésis de Booba où Damso jeune poulain du label 92i apparaît avec le son Pinocchio. Ce son propulse la carrière de Damso où son couplet est très remarqué du public. Dès le début, il impose son style très cru et sombre tout en ayant un ton mélodieux. Il devient rapidement le rappeur à suivre de près. On ne peut nier la participation de Booba à mettre sur la carte le rap belge, avec son label il signe Shay et plus récemment Green Montana. Shay devient la figure féminine qui manquait au rap Belge, grâce à son côté totalement décomplexé de « jolie garce » comme elle se surnomme et par les succès commerciaux de ses albums Jolie garce et Antidote.

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C’est sans compter Lous and The Yakuza qui devient inarrêtable dans sa démarche artistique avec ses deux premiers albums Gore et IOTA. Elle est partout avec sa double casquette rappeuse-mannequin qui a conquis l’Amérique, elle fait la couverture des magazines, performe chez Jimmy Fallon ou encore son Tiny Desk pour NPR, elle devient égérie de Louis Vuitton. Le rap belge ne se met pas de limite, il a longtemps été dans l’ombre, dès qu’une brèche se crée dans le sol il faut saisir sa chance et l’ouvrir de manière abyssale. 

Bruxelles arrive 

Bruxelles arrive c’est le feat entre Caballero et Roméo Elvis sorti en 2016 qui annonce un tournant dans la scène rap francophone, il n’y a pas mieux que ce texte tout en egotrip pour décrire la frénésie du rap belge à l’époque. Cette année c’était Gucci, Damso sort Batterie faible, Hamza Zombie Life, Caballero et JeanJass Double hélice et Roméo Elvis Mental. Le public se prend une claque et ne peut qu’apprécier ces jeunes talents, le rap belge est désormais pris au sérieux et peut faire son chemin indépendamment du rap français, on ne parlera plus de rap français mais de rap francophone.

Le tandem belges

Comment parler de rap Belge sans parler du duo inséparable Caballero et JeanJass. La fusion est découverte par le grand public en 2016 avec le premier album de la trilogie Double hélice, le succès prend vite, ils sont dans tous les festivals européens et deviennent les figures de proues du rap belges. Leur côté décalé charme le public avec l’émission High et Fines Herbes dont la saison 4 est sortie cette année, un reality-show digne des plus grand entertainer américains. Ils ont prouvé une fois de plus avec leur dernier passage chez Grunt qu’ils sont aussi d’excellent kickeur et de fervent artisan du rap.

« Bruxelles Vie »

S’il y a un bien un rappeur belge qui fait l’unanimité c’est Damso, il a apporté la cerise sur le gâteau avec son album QALF sorti en 2020, qu’il tease depuis le début de sa carrière, disque d’or en 8 jours en France, et plus de 14,3 millions de streams le jour de sa sortie sur Spotify faisant de Damso l’artiste le plus écouté de la plateforme ce jour-là. Il n’a tout simplement plus rien à prouver, il est devenu un artiste confirmé qui se challenge lui-même en sortant ce projet dont il est le producteur.  Il a son propre label et radio TheVie où il met en avant de nouveaux artistes comme Kobo qui commence déjà à se faire un nom.

« La fourmilière »

Cest le nom du feat Isha-Primero sorti en 2022 qui résume assez bien le vivier qu’est Bruxelles depuis la dernière décennie de nouveaux noms ne cessent d’émerger, tous avec des styles bien particuliers comme des lyricistes La Smala, L’Or Du Commun, Isha qui arrivent malgré tout à avoir un succès retentissant en francophonie, on peut donc percer tout en restant fidèle à soi-même. La Belgique devient progressivement le nouvel eldorado du rap francophone. Le plat pays est désormais vallonné d’artistes, de réelles montagnes se sont formées qui sont dure à détrôner.

2020, un souffle frais

La Belgique a dorénavant ses piliers qui ont été validé par toute la scène rap francophone, il est maintenant temps de faire place aux nouveaux qui n’ont pas encore atteint les monts du rap belges : Absolem, Bakari, Yg Pablo, Geeeko, Frenetik, Yung Mavu, Godson et Lord Gasmique. Le plat pays n’a pas fini de nous surprendre des artistes sont encore cachés dans la brume que le soleil devrait bientôt éclairer.

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PAR ICI LE SEL

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