

UGLY
SLOWTHAI
L'analyse

Slowthai vient de Northampton, une ville au nord-ouest de Londres. Son nom de scène est un surnom d’enfance « slow ty » qui signifie avoir un discours lent et nonchalant. C’est un artiste politiquement engagé, son premier album sort en 2019 Nothing Great About Britain, abordant le mandat de Theresa May, ancienne première ministre et les conséquences du Brexit en Angleterre. Il se fait un public du côté de la classe ouvrière anglaise avec ses positions politiques. Notre chef sort son deuxième album en 2021, Tyron, son prénom, il a une tournure moins politique, plus personnelle.
un rappeur punk
Slowthai dévoile son troisième album UGLY le 3 mars dernier, aux épices punk-rock mélangées à des lyrics grime soit un nouvelle recette mixant ces trois styles. Il revient sur ses origines Soundcloud où ses premiers morceaux avaient déjà cet univers musical. Sur ce projet, il s’inspire de l’image décomplexée des rockeurs comme Nirvana ou RadioHead, en se permettant de nombreuses libertés artistiques notamment dans la production de l’album signée Dan Carvey. Dan a l’habitude de gérer des groupes de rock comme Squid et Chubby. C’est à lui qu’on doit ces notes de guitares bien sombres sur l’album.

Sur cet album Slowthai mène un combat contre lui-même, il se sent marginalisé par la société, il ne la comprend pas. L’album est un nouveau souffle pour lui, il sort de deux thérapies ratées et manque de motivation. Le nom de l’album UGLY est l’acronyme de « U Gotta Love Yourself », soit il faut s'aimer soi-même, ce projet est une nouvelle thérapie. Il se livre entièrement sur ses sons, en parlant de ses dépressions, angoisses, addictions. Il se met dans des conditions extrêmes pour comprendre d’où viennent ses troubles. Il craque à cause de ses voix intérieures qui le poussent aux excès. Le style punk lui permet de se mettre encore plus à nu que s’il rappait, les instruments ont parfois une place plus importante que lui, donnant de la profondeur à ses émotions, les guitares sonnent comme s’il explosait de l’intérieur.
Slowthai entreprend cette thérapie seul, il n’y a pas de feat sur l’album. Chaque morceau est accompagné d’un clip, il les utilise pour mettre en images ses émotions. Ses clips relèvent du surnaturel et de l’absurde, ils permettent de plonger dans la folie de l’artiste. Il aime choquer son public pour lui faire passer un message, en le mettant dans une position inconfortable. Slowthai veut s’échapper de ce monde, en abordant la réalité sous un autre angle. Il montre tout au long de l’album ce qu’il se passe dans sa tête, son côté instable où chaque moment gai est suivi d’une longue phase dépressive. Ça y est, le plan de table est dressé, bienvenu dans l’univers des émotions les plus sombres de Slowthai, c’est l’heure de passer à table !!
.jpeg)
.jpeg)

un repas chaotique
Notre repas commence par l’entrée Yum qui annonce une suite chaotique. Le son ressemble à une crise de panique, le beat est rapide pour montrer les battements de cœur de Slowthai, il perd progressivement le contrôle. Nous avons à ce repas une invité de marque, la thérapeute de l’artiste, qui essaye de le calmer, mais c’est un échec. Le clip commence par la phrase « Your addiction will eat you », Slowthai replonge toujours dans les excès, il n’arrive pas à affronter la réalité, il ne sait pas se contrôler, il cède à la débauche. Il se fait emporter dans les fêtes, la drogue, le sexe. Dans le clip, il a l’allure d’un nourrisson, la thérapeute le tient dans ses bras. Les rôles s’inversent au plan suivant, l’artiste est désormais celui qui porte l’enfant, il est devenu un adulte qui peut aider les autres. La réalité lui fait moins peur, mais pour un certain temps seulement.
Voyant que sa thérapie ne le calme pas, il trouve une solution radicale en quittant la table, et s’enferme pendant 24 heures dans une pièce faite de miroirs, cela donne le clip Selfish. Il veut se couper du monde qui l’a rendu fou, en n’ayant que son corps à regarder au point de se dégoûter de lui-même. Il était en direct avec ses fans qui le voyaient progressivement perdre le contrôle, détruisant la pièce entière.
Il explique un de ses déchirements sur Never again. C’est un storytelling où il raconte sa dernière rupture. Il pense à son ex et elle aussi. Elle est fière de ce qu’il est devenu. Mais elle a une nouvelle relation tumultueuse avec son copain qui la bat, jusqu’à la tuer. Slowthai se promet de ne plus jamais revivre ça. Il se sent faible de n’avoir rien pu faire, il est brisé de l’intérieur.
UNE LUEUR D’espoir


Dans tous ses troubles, Slowthai arrive à trouver une lueur d’espoir sur Sooner où les joies de n'avoir rien à donner sont célébrées par des claquements de mains. Il se sent toujours en décalage entre la réalité et ses émotions, il attend quelque chose qui n’arrive pas.
Slowthai veut se convaincre qu’il sait se contrôler sur Feel good, répété en boucle signe qu’il ne va pas si bien. Le son est un clin d’œil à Feel Good Inc de Gorillaz, grande source d’inspiration pour lui avec qui il a collaboré sur le single Momentary Bliss. Le clip de Feel good, prend une autre direction que le morceau, Slowthai invite ses fans à table avec nous, il veut leur partager ce qu’il ressent. L’artiste débarque par surprise chez ses fans qui découvrent le son. Il veut capturer leurs émotions les plus instantanées, les plus significatives en amour. Il essaye de vivre simplement et ses fans le lui permettent. Le son devient alors un vrai hymne d’amour.

seul devant son assiette
Ses fans lui permettent de s’évader, de se sentir aimé, mais ses doutes le rattrapent, il est de nouveau seul devant son assiette. Sa division interne prend de l’ampleur dans Happy, “thinking with my dick, my head is split”. Les deux parties de son esprit n'arrivent pas à s’entendre. Il le métaphorise dans le clip où il se balance sur un rocking-chair de plus en plus vite, ses émotions deviennent incontrôlables. Il est assis devant une télé qui ne diffuse rien, il n’arrive pas à s’échapper, il est happé par le vide, il en est prisonnier. Il épelle Happy en boucle pour se convaincre qu’il va bien. Il aimerait changer, apprendre à sourire, mais il n’y arrive pas, son plat à toujours le même goût fade.
un gout d’amertume

Cette amertume est sa vision de la société qu’il exprime avec le plat principal UGLY, le son éponyme. Dans le clip, il porte un masque d’un visage aux traits neutres. Il l’enlève et le regarde comme s’il regardait la réalité en face. Retirer le masque lui fait prendre conscience de qui il est, il ne veut plus se cacher en se conformant à des règles. Slowthai se morfond du monde qui est moche, il ne croit plus en rien. Les gens sont les marionnettes de la publicité, de la télé, ils n’ont aucun contrôle sur leur vie, la société est une sorte de simulation qui est sur le point d’exploser. Un monde où les adultes mangent avec des bavoirs.
Dans ce repas, la réalité et notre goût sont inversés. Le clip de Falling montre Slowthai en lévitation au-dessus de son lit. Il est comme en apesanteur, dérivant de la réalité, il ne contrôle plus rien. Il en prend conscience sur Tourniquet, il crie à s’en déchirer la voix, il n’est pas dans son assiette, elle est fissurée par sa douleur.
L’ADdition
Notre repas se termine par une note d’espoir avec 25% Club, en référence au club des 27, ses artistes qui se sont donné la mort à 27 ans. Slowthai ne vit qu’à 25%, il n’a aucune main sur le reste. Dans le morceau, il raconte une histoire d’amour qui l’a aidé à se relever, il s’est senti compris. Il a juste besoin d’être aimé, mais le pouvoir anesthésiant des drogues reste une réponse efficace pour lui, il ne trouve pas de solution avec ses thérapeutes.
Slowthai entre tous ses tiraillements arrive à se canaliser par le biais de sa musique où il se livre entièrement. Il a trouvé en cela le moyen d’aller mieux, aussi grâce à son fils et à ses fans qui le soutiennent. Il est enfin prêt à inviter des gens à sa table avec cette nouvelle recette nommée UGLY.


